Richard Jones Chamber Air's for a violin and through Bass

The Beggar's Ensemble

  • Augustin Lusson violon
  • Daria Zemele Clavecin
  • Mathias Ferré Viole de Gambe
  • Camille Dupont Violoncelle et basse de violon
  • Matthieu Lusson Viole de Gambe et Violone
  • Lucile Tessier Basson

On peut, à l'écoute de cette œuvre incroyable, voir apparaître en filigrane le personnage atypique de Richard Jones. A la lecture du texte, la première de couverture de son manuscrit peut surprendre: peu voire pas d'ornements typographiques, aucune fioriture dans la présentation, une couverture bien plus proche de l'affiche-réclame que de l'introduction formelle d'une oeuvre d'art!Nous avons bel et bien affaire à un commoner sans aucune racine aristocratique, un homme du peuple qui n'a aucun intérêt à imiter ses contemporains et aieux, aucun bienfaiteur à ménager, et qui offre donc une œuvre incroyablement avant-gardiste et inscrite dans l'air changeant de ce XVIIIème siècle britannique. Le recueil est d'ailleurs plus que probablement produit et imprimé avec ses propres deniers, une optique d'autoproduction qui paraît avoir trois siècles d'avance sur son temps. Il est intéressant de noter que Jones ne nous livre pas huit sonates pour violon, mais bien 29 Chamber air's, qui peuvent tout autant être considérés comme des sonates d'une forme très atypique qu'être isolés les uns des autres et savourés individuellement.

On ressent aisément l'influence qu'ont pu avoir la rhétorique théâtrale et la pantomime dans l'écriture de Jones, particulièrement à l'écoute de la sonate de Do mineur, dont le caractère changeant et extravagant nous transporte droit dans la fosse de Drury Lane, où ce type de pièce était habituellement joué en intermède. Trait caractéristique du style de 'Dicky', le continuo est particulièrement actif et entre fréquemment dans des conversations en bonne et due forme avec le violon, en plus d'un rôle rythmique très recherché, dans des phrases étonnamment longues et sinueuses.

La sonate en Si bémol présente une particularité, présente une particularité, présente également dans l'op.3 de Richard Jones (Suitts, or Lessons for the Violin): un enchaînement très théâtral faisant office de "changement de décor" entre deux tonalités radicalement différentes, ici Si bémol et Mi mineur! Le texte appelle à cette interprétation: al sonate de Mi mineur est la seule à ne pas être précédée d'un Preludio, et suit de près la Sonate en Si bémol sur le papier. Nous avons donc affaire à une sonate en sept mouvements qui débute de manière traditionnelle et nous surprend, au cinquième mouvement, par un changement de décor abrupt et théâtral, témoignant encore une fois de la liberté phénoménale prise par Jones dans la forme de ces Air's.

L'auteur fait également preuve au cours de ces pièces d'un humour satirique typiquement anglais, et on peut senti une forte envie de parodier les modes du moment, en premier lieu les styles français et italien (la sonate en Ré majeur, par exemple, est construite sur le modèle des sonates de Arcangelo Corelli mais Jones y omet tout mouvement lent). On sent tout au long de ces pièces une tendance forte au maniérisme chez le compositeur, multipliant les références presque goguenardes à ses pairs tout en affirmant son style personnel et son identité d'outsider par une exigence technique très particulière et une recherche à la fois harmonique et rythmique à nulle autre pareille.

Dans ce disque, le choix a été fait d'organiser les pièces afin de créer un petit opéra instrumental autour de Richard Jones. Le continuo, très riche et varié, a été choisi pour renforcer la théâtralité des Air's, et créer l'effet d'un chœur, différents personnages répondant ou accompagnant le discours du violon. La puissance assez moderne de ce continuo met également en valeur l'écriture rythmique exceptionnelle de Jones et son goût pour l'emploi de phrases asymétriques et recherchées.

Comment expliquer une telle indépendance, une telle virtuosité dans l'écriture de cet homme qui, selon toute évidence, n'avait probablement pas étudié avec les grands de ce monde, et ne les avait sans doute même pas côtoyés? Comment réconcilier l'obscurité dans laquelle son œuvre fut plongée et son aspect absolument révolutionnaire? Et quelles qu'en aient été les raisons, quels enseignements pouvons-nous en tirer, trois siècles plus tard?

Jones est la figure de son époque: un homme du peuple vivant dans une Londres cosmopolite et débauchée, enivrée au gin de bas étage du matin au soir, et qui puise dans l'effroyable beauté cacophonique de cette ville au bord de l'effondrement l'inspiration nécessaire à la création d'une œuvre majeure du dix-huitième siècle.

Tom Namias

Enregistré en March 2019 - SKU: FLO4418

 

Pistes

  • 1. Air in A minor Largo, 03:26
  • 2. Air in A minor Allegro, 03:29
  • 3. Air in A minor Allegro, 02:38
  • 4. Air in Bb major and E minor Andante Largo, 02:11
  • 5. Air in Bb major and E minor Allegro, 02:19
  • 6. Air in Bb major and E minor Adagio, 02:12
  • 7. Air in Bb major and E minor Jigg, 02:20
  • 8. Air in Bb major and E minor Allegro Assai, 01:29
  • 9. Air in Bb major and E minor Adagio, 01:20
  • 10. Air in Bb major and E minor Allegro, 02:29
  • 11. Air in A major Largo, 03:15
  • 12. Air in A major Vivace, 02:08
  • 13. Air in A major Largo, 01:35
  • 14. Air in A major Allegro, 02:48
  • 15. Air in C minor Largo, 03:10
  • 16. Air in C minor Allegro ma non Presto, 02:35
  • 17. Air in C minor Largo, 01:57
  • 18. Air in C minor Vivace, 01:34
  • 19. Air in G major Largo, 01:46
  • 20. Air in G major Allegro ma non Presto, 02:21
  • 21. Air in G major Allegro, 03:32
  • 22. Air in G major Vivace, 02:39
  • 23. Air in E major Largo, 02:06
  • 24. Air in E major Allegro, 03:08
  • 25. Air in E major Giga Allegro, 02:06
  • 26. Air in D major Allegro, 02:00
  • 27. Air in D major Vivace Staccato, 03:33
  • 28. Air in D major Presto, 01:21
  • 29. Air in D major Allegro, 02:41

Revues de presse

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    Diapason,

    April 2019